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Les enfants excellents  24/07

Cet article s'adresse aux enfants excellents que nous avons été, et aux parents d’enfants excellents que nous sommes. 
Nous souhaitons tous être performants et avoir des enfants parfaits, pourquoi cette réussite serait-elle un problème ? C’est cette absence de problème qui conduit de nombreux adultes dans une démarche de développement personnel ou de thérapie, sans symptôme particulier, sinon une inexplicable insatisfaction, voire quelques raideurs chroniques dans le corps.
 
A y regarder de plus près, être excellent est un rôle. Comme l’explique Sarah Serievic, si nous jouons un rôle au lieu d’être pleinement nous mêmes, c’est à cause du besoin d’être aimé. A un moment de notre vie, notre seule solution pour recevoir de l’affection, fut de répondre à un haut niveau d’exigence, et d’y consacrer toutes nos forces. Pour un enfant l’affection n’est pas un besoin important, c’est un besoin vital. Il n’a aucun autre choix possible.
 
N’est ce pas normal que des parents favorisent le progrès de leurs enfants ? Bien sûr, si cette recherche de progrès s’effectue pour la satisfaction des besoins de l’enfant, dans son écoute, et dans son rythme. Avec la course à l’excellence permanente, il ne s’agit plus de ses besoins mais du besoin de ses parents, qui inconsciemment cherchent à compenser leur manque de reconnaissance par les performances de leur enfant.
 
 
Nous ne sommes pas venus au monde pour combler les manques de nos parents. Nos enfants ne sont pas venus au monde pour combler nos manques.  Nous ne sommes que les médiateurs de leur croissance et de leur projet de vie.
 
Dans une famille où l’enfant reçoit l’affection qu’il demande quel que soit son niveau de réussite dans un quelconque domaine, il est bien rare qu’il choisisse les contraintes d’un loisir comme la danse classique, le violon, ou un sport de compétition qui consomme tout son temps. Les enfants excellents conservent à l’âge adulte ce mode de fonctionnement. Ils choisissent généralement des métiers riches en règles et en méthodes d’évaluation. Seule la preuve régulière de leur performance apaise leur besoin de reconnaissance. Ayant peu reçu d’affection inconditionnelle, ils passent leur temps à s’assurer que la monnaie d’échange de l’affection, leur réussite, ne leur fera jamais défaut. C’est un processus où leurs qualités leur ont été imposées et ne résultent pas d’un libre choix de vie. Cette prise de conscience pose un problème d’identité que j’ai évoqué dans un précédent article. Sortir de ce mode de fonctionnement n'est pas naturel: ces enfants sont habitués à résoudre tous les problèmes en déterminant une règle et en la respectant scrupuleusement, et cette méthode ne peut les guider vers un chemin de liberté. Le renoncement à un système procurant excellence et sécurité n’est certainement pas une chose aisée.
 
Si vous vous reconnaissez comme un enfant excellent, vous voici bien perplexe. Cette prise de conscience suffit-elle pour évoluer ? Potentiellement oui, mais assez lentement, et de nombreuses impasses vous guettent. Les réflexes d’analyse et de maîtrise ne se laissent pas facilement abandonner, ils inventent leurs propres verrouillages. L’appui d’un thérapeute vous permettra d’être beaucoup plus efficace. De nombreuses techniques existent qui facilitent le renoncement à ces réflexes pour se rapprocher d’un ressenti plus profond, plus libre, plus léger. Nous sommes malheureusement toujours les plus mal placés pour observer nos propres réactions, quelle que soit notre excellence et notre capacité d'analyse.
 
Si vous vous reconnaissez comme parent d’un tel enfant, vos sentiments vont du désarroi à la culpabilisation. D’abord, permettez moi de vous féliciter chaleureusement. Vous avez fait jusqu’à présent tout votre possible, avec les difficultés de votre chemin de vie, et vous avez réussi un pas décisif : celui qui, par vous même, ou le conseil de quelqu’un que vous n’avez pas rencontré par hasard, vous a amené sur ce site. Ce pas ne peut que  résulter d’un cheminement personnel, dont vous n’êtes pas forcément pleinement conscient, mais qui est profond et remarquable.
 
Comment aborder une nouvelle étape ? 
Ne modifiez pas brutalement la relation à vos enfants. Si vous leur avez fourni des cadres précis d’évolution, et que vous les retirez rapidement, ils ne vont pas se sentir libérés mais abandonnés, ce qui est bien pire que le fonctionnement actuel.
Vous pouvez légèrement assouplir les cadres, mais surtout c’est un travail d’évolution personnelle que vous pouvez à présent mener. Ces besoins, ces manques, si présents que vos enfants vous étaient nécessaires pour les gérer, quels sont-ils, comment s’en libérer ?
C’est par un tel travail que vous pourrez d’abord vous alléger, ce qui vous permettra de mieux percevoir les besoins de vos enfants, et progressivement adapter votre mode éducatif à ce ressenti. Dans cet apprentissage de souplesse, ne vous précipitez pas, respectez votre rythme. C’est en écoutant vos désirs, vos aspirations profondes, votre petite voix intérieure, que vous entendrez celles de vos enfants.
 
C’est un inestimable cadeau que vous leur ferez, comme à vous même.
 
Quelques lectures pour approfondir ce sujet:
Alice Miller, L'avenir du drame de l'enfant doué
Jean-Claude Liaudet, Dolto expliquée aux parents
Isabelle Filliozat, Il n'y a pas de parent parfait
 

 


Eric Richalley
Evoluer par la thérapie

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Eric Richalley  10/06/2008
Bonjour Lola
Votre question est très ouverte. Ce que je décris dans cet article est en quelque sorte un symptôme. Le déceler n’est pas une fin en soi, chacun a sa propre histoire qui l’a conduit à ce type de solution. La démarche de thérapie va permettre d’explorer cette histoire progressivement. Dans ce cheminement chacun est original, avec son rythme, son fonctionnement, son ressenti, ses phases de doutes, peut être de blocage, et de libération. Choisir un thérapeute est affaire de rencontre, de feeling, pas réellement de méthode. N’hésitez pas à changer si vous ne vous sentez pas suffisamment accueilli. Le seul conseil spécifique que l’on pourrait donner aux enfants excellents c’est méfiez vous de votre intelligence, de votre capacité d’analyse. L’évolution que vous allez engager n’est pas affaire de déduction mais d’émotions. Laissez les vous guider, faites leur confiance. La peur sera également peut être également votre compagnon, mais elle aussi vous montre le chemin. Elle est donc plus une amie qu'un danger, si vous voulez bien la considérer comme telle.

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