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Interview de Thierry GRIMOUD, conseiller technique en éco-construction  01/09/09

Vous êtes conseiller technique en bâtiment et plus particulièrement en éco-construction bois-paille. Quelles sont les différentes facettes de votre métier ?
Mon travail c'est d'abord de conseiller l'auto-constructeur pour qu'il réussisse son projet techniquement et financièrement. C'est également la mise en oeuvre, car j'ai besoin de pratiquer pour pouvoir donner des conseils basés sur ma propre expérience.
Mon intervention va dépendre de la demande des personnes qui me consultent.  L'idéal c'est de me consulter avant même de réaliser les plans du projet, avec un simple croquis. A partir de là, il est possible d'étudier ensemble le projet sur différents plans : de l'exposition des pièces à la capacité bioclimatique en passant par le feng shui. Je cherche à comprendre les raisons des choix des clients et je les informe des réalités du chantier : les coûts réels, le temps additionnel induit par certains choix, la cohérence écologique également vis à vis de la provenance des matériaux par exemple. Mon intervention va consister à optimiser le bâtiment : adapter la structure du bâtiment (les cotes, la forme, ...) en fonction des matériaux utilisés pour faciliter la construction , privilégier les architectures sans étage (construire un étage nécessite deux fois et demi le temps de construction d'un plein pied) ou encore à travailler sur l'agencement des pièces pour optimiser les espaces de vie.
Ensuite, j'interviens à la demande sur le chantier : soit en réalisation complète ou partielle, soit en maîtrise d'oeuvre pour piloter les différents corps de métiers et apporter un conseil dans le choix des artisans (Expression des besoins, Analyse des devis, ...).

 

Vous intervenez sur le projet SoleilS, à partir de quel moment êtes-vous arrivé sur ce projet : avez-vous participé à la conception en amont ou simplement à sa mise en oeuvre ?
Je n'ai pas eu l'opportunité de participer à la phase de conception. Lorsque les porteurs du projet sont venu me chercher, ils avaient déjà obtenu le permis de construire. Ce qui est dommage car j'aurais pu les aider à réduire les coût et le temps de construction. J'aurais par exemple retravaillé la conception du bâtiment en simplifiant son format pour gagner du temps sur le chantier : le dessin de l'architecte comporte des décrochés qui allègent esthétiquement la structure rectangulaire de base mais qui compliquent la construction des murs paille ; il était possible de partir d'un bâtiment rectangulaire et d'y adosser ultérieurement des éléments additionnels pour casser l'effet bloc. J'aurais pu également intervenir au niveau du bureau d'étude béton pour réduire le coût des fondations : ces dernières ont été dimentionnées pour un immeuble en dur, alors que le poids d'une maison bois et paille est inférieur de plus de la moitié à celui d'une maison conventionnelle.

Sur ce projet, je suis intervenu au moment de la pose de la paille pour apporter des conseils et je prends en charge différents postes comme la finalisation des murs et la réalisation des enduits, la mise hors d'air avec la pose des fenêtres et des volets (conception de la structure et installation), le montage des cloisons intérieures, ...

 

Quelle est votre regard sur la construction bois-paille ?
La moitié des constructeurs de maisons bois-paille choississent ces matériaux par conviction environnementale et idéologique. 30% vont choisir la paille pour avoir une maison différente, par effet de mode et les 20% restants pour des motivations principalement économiques. L'idée est en effet assez répendue qu'il est possible de construire une grande partie de la maison paille par soi-même et de faire ainsi des économies sur le coût global. Cependant, ce n'est pas toujours le cas. Tout d'abord, construire une maison en paille économique signifie choisir une architecture de plein-pied pour réduire le budget et le temps de mise en oeuvre. Ensuite, c'est utiliser une charpente légère, hors je constate qu'il existe un frein culturel à ce type de structure qui peut générer un sentiment d'insécurité vis à vis des traditionnelles maisons en dur ; la plupart des maisons bois-paille sont donc construites sur des ossature bois imposantes, ce qui ne réduit pas le budget et ne favorise pas l'auto-construction. D'où l'important de ce faire accompagner pour s'assurer que le projet réponde bien aux objectifs initiaux.

 

Quelle est votre formation d'origine et comment avez-vous acquis votre expertise dans le domaine de l'éco-construction ?
Je suis cuisinier de métier. J'ai commencé à travailler à l'age de 17 ans comme saisonnier, et hors saison, l'hiver, je travaillais comme manoeuvre sur des chantiers de maçonnerie. Quand on est manoeuvre, soit on se contente de pousser des brouettes, soit on s'intéresse à ce qui se passe. J'ai donc appris beaucoup en regardant faire, en posant des questions et en pratiquant. A 21 ans, j'ai arrêté la cuisine et j'ai suivi une formation d'art plastique pour répondre à mon souhait d'orientation initial. Et, par ailleurs, j'ai commencé à avoir des clients sur des petits chantiers de maçonnerie. J'ai travaillé en menuiserie avec mon frère, en charpente également, puis j'ai construit 2 maisons complète en maçonnerie conventionnelle (hors électricité et chauffage central). Je me suis intéressé à l'éco-construction il y a un peu plus d'une dizaine d'année. J'ai en effet eu l'opportunité de construire ma propre maison sur un terrain situé dans une zone forestière. Le lieu m'a poussé à réfléchir à l'utilisation de matériaux respectueux de l'environnement : pierre, terre crue, ... J'ai éliminé un certain nombre de techniques pour des questions de pénibilité liée à l'auto-construction et j'ai finalement choisi l'ossature bois et paille. J'ai donc suivi un stage au Gabion pour me former et j'ai construit ma maison. 
Cette maison étant mon lieu de vie, je n'avais pas particulièrement envisagé d'utiliser cette expérience dans mon métier. J'avais d'ailleurs toujours mes clients conventionnels. Et puis le bouche à oreille a fait que les gens ont commencé à venir visiter ma maison, à me poser des questions. On m'a demandé de faire des conférences et on m'a invité dans des salons d'éco-constructions. Et puis au fur et à mesure, les gens m'ont demandé des conseils et de l'aide.

 

Actuellement, on parle beaucoup de l'essor de l'économie verte. Beaucoup de jeunes diplômés en environnement et en éco-conception ne trouvent pas d'emploi. Est-ce que vous conseilleriez de se former à votre métier, est-ce un secteur porteur ?
C'est difficile de répondre à cette question. Il y a trois ans, je pensais qu'il s'agissait d'un phénomène de mode. Aujourd'hui, je commence à penser que ce n'est plus seulement un phénomène de mode car je continue à avoir localement de plus en plus de demandes dans le domaine de la construction paille et, au niveau national, le réseau des constructeurs paille est également très actif.

 

Quelles seraient vos préconisations pour orienter le secteur du bâtiment vers l'éco-construction : généraliser la construction paille ou plutôt les maisons en bois ? Quelle est la technique la plus industrialisable ou standardisable tout en restant écologiquement efficace ?
Il est clair qu'il est difficile d'industrialiser la technique de construction paille, encore qu'il serait possible de concevoir une structure de bâtiment parfaitement adapté au matériaux et de fait plus simple à construire. En revanche, si le secteur bois était un peu plus développé en France, le plus écologique et le plus industrialisable aujourd'hui serait la maison bois. Le bois est une matière locale dans quasiment toutes nos régions.

 

Thierry GRIMOUD - Conseiller en éco-construction bois-paille
La Bourrade 84220 MURS - 06 82 04 71 57

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